Mardi 5 décembre 2006 2 05 /12 /Déc /2006 22:40

Après ces textes plutôt pratiques sur le rôle de l'Etat dans une économie capitaliste, il est temps de faire un peu de théorie. Cette théorie a bien sûr été évoquée dans les grandes lignes, mais un effort de systématisation sera sûrement apprécié de la part des lecteurs, qui peuvent se sentir perdus par les différentes facettes de l'économie présentées ici. Je vais donc me plonger rapidement et de la façon la plus claire possible dans l'approche théorique de l'économie capitaliste, avec ses bons et ses mauvais côtés, tels qu'ils sont souvent mélangés, les bonnes fins et les mauvais moyens étant  indiscriminés habituellement.
Pour les plus assidus (et il n'y en sûrement que très peu), vous pouvez vous référer à l'article sur la fixation du prix par le processus de marché. Cette fixation de prix est irrationnelle, au sens où elle dépend des jugements, de la perception faussée des acteurs. Il faudrait une connaissance parfaite, une information totale de milliers de données pour avoir un prix qui soit rationnel. Mais, étant basé sur des notions d'envies réciproques, qui fondent le marché, la rationalité du prix est somme toute très sujette à caution. Le marché tire sa beauté conceptuelle de la notion de concurrence, qui sous-entend la liberté des individus (ou entreprises) concurrents. Mais dans la théorie la concurrence est parfaite évidemment, et c'est pour rejoindre cette perfection de la théorie que l'Etat va agir en pratique. l'Etat a pour objectif de rendre la concurrence réelle la plus proche possible de la concurrence parfaite.

La concurrence parfaite permet de fixer un prix qui en général reflète approximativement un prix où la production est rentable (le prix de vente excède le coût de production), et où les clients ne sont pas arnaqués (il n'est pas démesurément élevé). Pour avoir une concurrence parfaite, il faut négliger beaucoup de paramètres de la réalité, telle que les barrières à l'entrée, les monopoles, la propriété intellectuelle, les ententes, les choix stratégiques, etc. Lorsque tout cela est négligé, nous avons un capitalisme intellectuellement splendide, avec comme notion centrale la concurrence, fixatrice du prix qui permet à l'économie de fonctionner et de s'améliorer continuellement. Il y a là la clé de l'appétance du capitalisme, un mouvement perpétuel qui pousse toute l'économie vers l'avant. L'acceptation du taux d'intérêt à la fin du Moyen-Age y a été pour beaucoup, il faudra y revenir, car c'est ce taux d'intérêt qui pousse encore plus le capitalisme.

Dans la réalité, il en va bien autrement malheureusement, la concurrence est toujours imparfaite, de façon volontaire souvent, car les défauts de concurrence profitent pratiquement toujours à des acteurs en particuliers, au détriment de la globalité. L'Etat doit donc être l'outil du rétablissement de la concurrence, il est l'outil fondamental du capitalisme le plus efficace, le plus proche de la théorie, le plus attirant. Ce n'est plus dans l'opposition qu'il faut penser l'Etat et le marché, c'est dans la complémentarité.

Renouveau
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Mardi 5 décembre 2006 2 05 /12 /Déc /2006 21:47
Un des paramètres devenu essentiel à l'heure actuelle s'appelle l'environnement. Dans un monde fini en termes de ressources naturelles, le respect de l'environnement devient  une contrainte majeure de l'économie, tant pour sa pérennité et son bon fonctionnement que pour celle de tous les hommes. Il est assez compliqué de faire comprendre aux acteurs productifs capitalistes le lien fort, vital, de l'environnement avec l'économie, et les coûts de sa dégradation. En effet, ses coûts sont globaux, ils ne sont pas présents dans les résultats des entreprises particulières, et sont donc bien souvent ignorés. La prise de conscience qui a lieu dans les pays développés s'apparente pour l'instant plus à un effet marketing qu'autre chose, et c'est pour cela que l'Etat doit intervenir, pour le bien-être à long terme d'une économie constituée d'acteurs à court terme.

Evidemment, l'Etat a un grand rôle à jouer, à la fois de producteur comme décrit ci-avant, mais aussi et surtout dans un rôle d'arbitre, de législateur sur son marché. Car il y a une chose à comprendre de l'économie capitaliste, ce sont ses mauvais côtés, issus de sa course effrénée vers toujours plus d'amélioration. Ces mauvais côtés sont l'exploitation des hommes et l'exploitation de l'environnement. Reprendre un terme aussi usé et galvaudé que l'est ce mot "exploitation" n'est pas seulement une référence au marxisme, mais aussi une façon de mettre en avant la partie négative que le capitalisme peut générer. En effet, quand le capitalisme déraille, qu'il essaie de changer les règles du jeu, et au lieu de s'améliorer, tire profit de la détresse des hommes, il devient mauvais, pour la société mais aussi pour lui-même. Exploiter plus les hommes, les payer moins, ne fait que réduire à terme le nombre de clients, le marché. Exploiter plus l'environnement sans le renouveler revient à réduire ses capacités futures, sans regarder plus avant que quelques années. L'économie capitaliste est un chien méchant, elle fait très bien ce pour quoi elle existe, mais elle doit être tenue en laisse. Et cette laisse est l'Etat. Sinon, nous nous ferons tous mordre.

Pour inciter des acteurs de court terme à prendre en compte des contraintes long terme qui ne les concernent pas directement et individuellement, l'Etat va devoir arbitrer, et orienter les producteurs vers un respect de l'environnement. Sa production devra donc être la plus respectueuse de l'environnement possible, et elle devra pousser les concurrents à l'être aussi. Pour les pousser, le seul moyen sera donc de taxer. En effet, ayant une référence de coût environnemental, il sera possible de comparer les efforts de chacun et donc de "récompenser" les acteurs les plus propres, par des taxes moindres, tout en punissant les plus pollueurs, ceux qui essaient d'améliorer leur rentabilité en dégradant l'environnement. Car il est facile d'être plus rentable quand aucune mesure n'est prise pour retraiter les déchets, diminuer la pollution, améliorer les conditions de travail, etc. Et cette solution n'est bonne pour personne dans le long terme, car elle incite tous les producteurs à être de pire en pire, afin de rester compétitif. C'est ce que l'Etat doit éviter, une compétition négative qui pousse tout le monde dans le gouffre, quand une compétition positive nous en tirerait tous.

En définitive, l'Etat doit instaurer une taxe environnementale sur les produits vendus sur son marché, afin de "récompenser" les produits les plus propres, et pénaliser les produits les plus polluants, afin qu'ils disparaissent progressivement, n'étant pas compétitifs à cause de cette taxe. L'Etat aura donc orienté l'économie capitaliste vers son bien à long terme, le respect de l'environnement, synonyme de développement durable, et non de pénurie de ressources stratégiques amenant les pires effets économiques et surtout humains.

Renouveau
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Jeudi 30 novembre 2006 4 30 /11 /Nov /2006 22:50

Cette nouvelle théorie du rôle de l'Etat dans l'économie a néanmoins deux limites, qui sont deux types de marchés bien particuliers : les marchés protégés, où l'Etat ne peut qu'être seul à agir, et les marchés de la rareté, où l'objectif même des acteurs est d'avoir un produit très rare, afin de le vendre très cher. Je passerai vite sur les marchés de la rareté, car ce sont des marchés sociaux, sans importance fondamentale. J'entends par là tout le marché du luxe, où l'intérêt n'est pas le produit mais sa rareté et son prix même, le marché de l'art, etc. Par contre les marchés protégés sont bien plus intéressants, nous nous arrêterons un peu plus longuement sur eux.

Il y a trois marchés liés qui sont protégés, c'est-à-dire où l'Etat est monopolistique et ne peut accepter la présence de personne, au risque de perdre sa fonction d'Etat : ce sont la sécurité (armée, police), la justice, et la législation. Ces trois marchés ne peuvent accepter, par leur existence même, de concurrents : il n'est pas possible d'avoir un autre législateur que l'Etat, car il n'y a qu'une seule source de loi. Sinon, l'enchevêtrement des législateurs rendrait toute compréhension et tout fonctionnement quasiment impossible (c'est en particulier pour cela que des instances supra-nationales existent, telles que l'OMC, pour essayer de régler les problèmes législatifs importants qui se créent au niveau international, avec plus ou moins de succès). Il  n'est pareillement pas possible d'avoir plusieurs acteurs au niveau de la justice (même si le fédéralisme est un mode d'organisation tout à fait acceptable). Nous avons besoin que la justice soit unique, car les divergences de traitement entre les différents acteurs ne seraient absolument pas légitimes. Enfin, au niveau de la sécurité, l'Etat ne peut abandonner cette fonction qui est son rôle premier (voir le blog de philosophie politique), et ne peut surtout pas accepter l'instauration d'une concurrence entre différents fournisseurs de sécurité avec des critères différents de traitement. Une armée gouvernée par la rentabilité serait une bien piètre source de sécurité, car l'appât du gain les ferait changer de camp régulièrement (à ce sujet, relisez Machiavel, vous comprendrez l'impossibilité de se défendre avec des milices privées, il y a déjà plusieurs siècles).

Nous avons donc trois marchés protégés, qui sont exclusifs de l'Etat, où aucune notion de rentabilité ne peut être envisagée. Par contre, ce n'est absolument pas une raison suffisante pour oublier la notion d'efficacité, qui évite le gaspillage et rend l'Etat plus performant dans l'atteinte de ses missions. D'aucuns voudraient y ajouter l'éducation, la santé, la collecte des impôts... Il n'est en réalité pas nécessaire d'avoir un monopole de l'Etat, au contraire, dans ces marchés. L'Etat est prescripteur sur ces marchés (éduquer ses citoyens est primordial, les soigner et prélever les impôts aussi), il n'a aucune raison d'en être l'unique réalisateur. Il est même bon pour lui d'avoir des concurrents, afin d'évaluer ses qualités et défauts, et de s'améliorer avec ses concurrents. En réalité, l'objectif est la vraie mission de l'Etat, pas les moyens : quel que soit le statut de celui qui vous soigne, qui vous éduque, qui prélève les impôts, l'important est que cela soit bien fait, que vous soyez éduqué ou soigné au mieux, que le coût de votre prélèvement soit le moins cher possible... Il n'y a donc pas besoin d'étendre plus les marchés protégés de l'Etat, les trois cités ci-dessus sont les seuls nécessaires.

Renouveau
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Mardi 28 novembre 2006 2 28 /11 /Nov /2006 23:15

Une des critiques qui pourrait être faite à cette théorie du rôle de l'Etat dans l'économie porte sur la propriété intellectuelle : que fera l'Etat sur un marché où un concurrent dispose d'une propriété intellectuelle qui lui confère un monopole ? Disparaitra-t-il, vendra-t--il à perte, sera-t-il structurellement déficitaire et donc menaçant pour le marché où il opère ? L'exemple du secteur de la santé, avec des protections longues sur les médicaments, est une bonne illustration. Que peut donc faire l'Etat pour éviter un prix exorbitant sur un médicament protégé ? Evidemment, pas supprimer la propriété intellectuelle, comme on pourrait s'attendre à ce que je le propose. Non, la propriété intellectuelle est plus que nécessaire au progrès, à la création, à l'innovation, l'atout majeur du capitalisme. Mais elle est mal faite. Il est quand même étonnant qu'une idée comme la propriété intellectuelle, qui date de plus de trois siècles, n'ait pas été transformée fondamentalement au cours du temps.

Expliquons donc rapidement ce qu'est la propriété intellectuelle (PI), depuis trois siècles jusqu'à nos jours : la PI est un droit négatif, c'est-à-dire qu'elle fournit un droit d'exclusion (et aucunement un devoir d'utilisation), vis-à-vis de tous ceux qui pourraient vouloir utiliser l'invention, autres que l'inventer. En termes économiques, la PI confère un monopole temporaire, 20 ans en général sur une invention industrielle, et en plus des droits d'auteur sur des oeuvres artistiques (70 ans après la mort de l'artiste!). Dans l'article précédent, il est expliqué que le monopole est une mauvaise chose pour l'économie, et voilà un droit existant qui en crée un, comme si les lois anti-trust s'arrêtaient à la PI, faute de pouvoir y toucher. Mais ce n'est pas la destruction de la PI qu'il faut viser, mais sa transformation.

Au lieu d'avoir un droit négatif comme la PI à l'heure actuelle, nous avons besoin d'un droit positif, qui rémunère l'inventeur du prix de son invention, sans restreindre personne sur l'utilisation, la production ou la vente de ce nouveau produit. Le meilleur moyen de rémunérer l'inventeur sans endommager les lois du marché est de reverser un pourcentage du prix de vente à cet inventeur, 25 ou 30 % (j'explique ce chiffre plus tard), en allongeant pourquoi pas la durée de protection, à 30 ans par exemple. Ainsi, plusieurs producteurs différents peuvent produire et vendre ce nouveau bien, et être en concurrence parfaite grâce à la règle de reversement (royalties ou royautés en français) qui s'imposent à eux tous, donc s'approcher du prix d'équilibre au lieu d'avoir un prix de monopole comme maintenant. Si un bien coûte 5 à être produit, il ne sera plus vendu 100 comme c'est le cas en ce moment pour les médicaments protégés, mais serait plutôt vers 75-80, le reste de la somme étant le paiement de l'invention, les coûts divers des producteurs (commerciaux, marketing, G&A...) et la rentabilité des producteurs. Ainsi, la concurrence ferait certainement baisser les prix de vente, sans pour autant mettre en danger la rentabilité de l'innovation, de la PI, celle-ci étant rémunérée par tous les producteurs sans distinction. Il continuerait donc à y avoir des investissements en R&D conséquents, la rentabilité de l'innovation n'étant pas atteinte, mais bien plutôt les coûts énormes de marketing, de commercialisation, la rentabilité élevée des intermédiaires, etc.

Expliquons maintenant le chiffre de 25-30 % : l'argument principal de sociétés pharmaceutiques pour justifier leur prix de vente très élevé sur leurs médicaments protégés est celui des coûts colossaux de R&D qu'elles ont à supporter. Ces coûts étant très élevés, il leur faut un prix de vente très élevé pour compenser. Cette explication est fallacieuse pour 2 raisons : la première est que ce n'est pas parce qu'elle sont défaillantes dans leur process de R&D (impliquant donc une grosse perte d'argent) que le patient doit payer cette défaillance. La deuxième, plus fondamentale, est que ce n'est qu'une petite partie du prix, environ 15% qui paie la R&D des entreprises. La majeure partie du prix se décompose en rentabilité opérationnelle (20%), marketing (20%) commercial (20%), production (10%) et G&A (15%). Que l'on dise que pour dépenser 15 de R&D, il faut vendre le médicament 100 est un argument assez étonnant.

Il y a donc une révolution fondamentale à apporter à la notion de PI : il faut passer d'un droit négatif à un droit positif, afin de garder à la fois l'attractivité financière de l'innovation, et la concurrence qui donne son intérêt au capitalisme. Ainsi, l'Etat, producteur comme les autres, paiera la même chose que les autres producteurs privés à l'inventeur, et pourra continuer sa mission de promoteur de la concurrence. La PI à la nouvelle mode n'est pas un problème pour l'Etat.

Renouveau

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Dimanche 26 novembre 2006 7 26 /11 /Nov /2006 22:01

Nous arrivons ici au coeur du sujet : le rôle de l'Etat dans le capitalisme. Mais juste avant, je pense qu'un petit bout de théorie capitaliste est nécessaire.

La théorie du marché est extraordinaire du point de vue de la fixation des prix et de la liberté des acteurs, mais elle ne l'est qu'en théorie. En pratique, ce n'est plus pareil, car elle laisse les plus puissants économiquement avec un poids très important, négatif pour l'économie. C'est pour cela que les lois anti-trust ont été mises en place au siècle dernier, afin de laisser le vrai concept du capitalisme fonctionner : la concurrence. C'est la concurrence le seul vrai concept positif de la théorie capitaliste, car il permet de s'approcher au plus près du prix d'équilibre, celui qui optimise les envies du vendeur et de l'acheteur. Il a fallu tordre le bras à la pure théorie économique libérale (où l'Etat est absent) pour éviter les monopoles et conserver cette concurrence, et ainsi conserver l'attractivité du capitalisme. Tout cela pour dire que le capitalisme le plus efficace, le plus parfait, a besoin de l'Etat. Mais cette forme d'Etat régulateur n'est pas suffisante, ainsi que va le démontrer la suite de l'article.

Historiquement, Il y a eu des va et vient dans le capitalisme, avec des crises et des réformes, la dernière en date étant celle de l'Asie à la fin des années 1990, sous le coup de la dérégulation financière. Il est aujourd'hui à peu près admis que l'Etat doit continuer à encadrer, à réguler le marché, afin qu'il ne dérive pas, qu'il ne parte pas dans des excès préjudiciables à l'économie dans son ensemble. Mais l'Etat doit maintenant s'atteler à son autre tâche, celle de la production. La régulation a pour but majeur d'éviter la constitution de monopoles, la production de l'Etat a pour but d'éviter un équilibre des acteurs de type théorie des jeux qui pénalise les acheteurs. D'un côté, il faut éviter qu'un acteur puisse à lui seul fixer les prix (le monopole, réglé par les lois), de l'autre il faut éviter qu'une entente, même tacite, même rationnelle, ne pousse une catégorie d'acteurs à ne pas entrer en concurrence frontale (fausse concurrence, réglée par la production de l'Etat). L'Etat a donc un double rôle, d'abord de conserver une saine concurrence entre différents acteurs, puis d'animer cette concurrence en s'invitant dans le marché en tant que producteur.

Le rôle de production de l'Etat n'est évidemment nécessaire que sur les produits les plus fondamentaux de la société (nourriture, logement, santé, énergie, éducation etc..), les prix élevés des autres produits n'étant pas si gênants, et ne répondant pas à un besoin fort des individus rationnels. Pourquoi donc demander une présence productive de l'Etat dans ces domaines, diront certains, alors que les acteurs privés s'en sortent très bien ? Tout simplement, parce que dans leur course à la rentabilité, il est souvent plus rationnel pour eux de ne pas entrer dans une guerre des prix avec leurs concurrents, car cette guerre se ferait au détriment de leur propre marge. Autant rester stable en parts de marché que de perdre en rentabilité en les augmentant et en diminuant ses prix. C'est une démarche très rationnelle de leur part, mais en forte défaveur des clients. Imaginez donc maintenant un Etat producteur, qui a pour but évident d'être bénéficiaire (sinon le prix de vente du produit n'est plus celui qui équilibre la production et la demande), mais pas d'être le plus rentable possible. Que fera alors l'Etat ? Il vendra à des prix les plus bas possibles, tout en restant suffisamment bénéficiaire pour rester viable, et ne pas compromettre le marché. Il servira de concurrent agressif, prêt à dénicher et détruire toute rente, tout monopole déguisé, toute position défensive des autres acteurs. Il sera la mouche du coche, le concurrent qui anime la production et rend l'attentisme impossible. Au lieu d'avoir des producteurs qui campent sur leur positions avec des rentabilités très élevées, à cause même de ces rentabilités, l'Etat viendra renverser ces équilibres de type théorie des jeux, les fera avancer vers toujours plus d'amélioration.

Dans ce rôle l'Etat est un funambule : il doit rester bénéficiaire, au risque sinon de déstabiliser complètement le marché sur lequel il opère. Et il doit chercher les plus bas prix possibles, pour conserver le véritbale attrait de la théorie capitaliste, une concurrence réelle. C'est une équation difficile à trouver. Si l'on postule son inefficacité relative vis-à-vis des autres acteurs privés ( ce qui changera un jour je l'espère), il y aura donc un rapport efficacité/rentabilité qui se mettra en place : les acteurs plus efficaces que l'Etat seront plus rentables, tandis que l'Etat, n'ayant pas besoin d'être aussi rentable, pourra se permettre d'être légèrement moins efficace. On aura donc un marché qui fonctionne au mieux.

Voilà donc le coeur du sujet : pour que le capitalisme fonctionne au mieux, l'Etat doit assumer deux fonctions, l'une d'empêchement de monopole, l'autre de mise en concurrence réelle. Désolé pour les tenants du libéralisme le plus forcené, mais le capitalisme a besoin de l'Etat, comme régulateur et comme producteur.

Pour en revenir à l'inflation, notre sujet de départ, regardons maintenant ce que fera notre ami l'Etat producteur sur ce point-là. Puisqu'il aura comme but de diminuer au maximum les prix des biens majeurs, l'inflation risque d'être difficile sur ces marchés, à moins que l'Etat lui-même n'utilise l'inflation, ce qui n'est ni son but ni son intérêt. A moins que les autres acteurs ne se positionnent sur le haut de gamme et abandonnent la production majeure à l'Etat, l'inflation sera difficile, eux-mêmes compressant leur prix et leur coûts, et donc mécaniquement diminuant l'inflation. En augmentant la concurrence, l'Etat aura un rôle bénéfique sur l'inflation, au point que peut-être la technique monétaire pourrait être laissée de côté un certain temps, histoire de laisser l'économie fonctionner correctement. En conclusion, l'Etat doit produire, et il doit le faire selon des règles très précises, afin de conserver les atouts du capitalisme et les optimiser.


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